Québecensia
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Le sentier de la falaise
Paul Fortin
Dans les années 1930 – et probablement avant –,
existait un sentier pédestre ou chemin à travers la
falaise, entre les plaines d’Abraham et la gare maritime du
Canadien Pacifique. Ce sentier était situé à peu
près vis-à-vis de l’arrière du musée
des Plaines et prenait son départ au bas de la lisière
ouest du boisé qui couvre la pente au sud de la terrasse Grey.
Il reliait la Haute-Ville au fleuve en évitant aux gens de
faire le grand tour à pied, soit par la côte Gilmour – les
propriétaires de voitures n’étaient pas légion à cette époque –,
soit par l’escalier du Cap-Blanc.
Ce sentier, creusé ou formé à même la
paroi rocheuse de la falaise, n’était pas des plus sécuritaires; à un
endroit, il n’avait pas plus de 7 ou 8 pouces de large. Sur
une partie du parcours, un fil métallique, ancré je
ne sais où, le longeait et donnait un semblant de protection
aux intrépides qui s’y accrochaient. Y manquer le pied,
c’était faire une chute d’une centaine de pieds à flanc
de falaise. Je ne me rappelle plus qui, de ceux qui le montaient
ou le descendaient, avaient le privilège de se tenir le long
de la paroi lors de la rencontre. Le sentier se terminait par un
escalier d’une trentaine de marches qui donnait accès
au chemin du Foulon. Ce sentier a peut-être existé plus
tard que dans les années 1940. Chose certaine, il n’existait
plus en 1970 alors que, de retour à Québec après
une absence de près de vingt ans, je l’ai vainement
cherché.
J’ai utilisé ce sentier nombre de fois alors que j’avais
une douzaine d’années. Avec des amis, nous allions voir
les navires amarrés au quai du Pacifique, plus communément
appelé « quai de l’Empress ». C’était
l’époque où l’Empress of Britain faisait
la navette toutes les deux semaines entre les ports de Southampton,
Cherbourg et Québec. Parfois s’y amarrait aussi l’Empress
of Australia; ce fut le cas le 17 mai 1939, alors que le roi George
VI et la reine Elizabeth en descendirent, Québec étant
la première étape de leur voyage à travers le
Canada. Mais surtout, c’est pendant ce même été que
ce raccourci s’est avéré très utile tant
aux jeunes qu’aux adultes qui se rendaient voir de près
ou visiter les trois gros croiseurs de bataille américains
de 35 000 tonnes qui étaient amarrés au quai. C’était,
je crois, l’Arizona, le New York et le Texas, avec leurs 4
500 marins; c’est certainement la raison pour laquelle la jeune
gent féminine comptait pour une bonne part des utilisateurs
du sentier. D’autres jeunes empruntaient ce trajet pour se
rendre à la pêche à l’éperlan durant
l’automne.
Les Archives de la Ville de Québec ainsi que celles de Parcs
Canada et de la Commission des champs de bataille nationaux ne possèdent
aucune documentation concernant ce sentier. Peut-être des vieux
résidents du Cap-Blanc seraient-ils en mesure d’apporter
des précisions à ce sujet? De Laval, il m’est
difficile de pousser mon enquête plus loin. N’appartiendrait-il
pas à des membres de la Société historique de
Québec de compléter ces recherches? Car une fois les
gens de mon époque disparus, plus personne ne pourra évoquer
ces souvenirs.
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