Le Comité décomptes publics


À Québec, le Parti libéral est au pouvoir depuis l’élection de Félix-Gabriel Marchand le 24 mai 1897. En 1936, Louis-Alexandre Taschereau est le troisième premier ministre libéral depuis Marchand. Après 39 ans dans l’opposition, les conservateurs provinciaux cherchent par tous les moyens à renverser le gouvernement. C’est dans cette perspective que le chef du Parti conservateur, Maurice Le Noblet Duplessis, s’allie au chef de l’Action libérale nationale, Paul Gouin, pour les élections de 1935. L’année suivante, Duplessis demande la convocation du Comité des comptes publics pour faire la lumière sur certaines pratiques du gouvernement. Ce comité permanent de l’Assemblée législative, qui siège sporadiquement, a pour mandat d’examiner annuellement les dépenses du gouvernement. Il deviendra la Commission des comptes publics dans la réorganisation de 1969-1972, qui sera remplacée par la Commission des engagements financiers. Le 7 mai 1936, le Comité des comptes publics commence ses travaux sous la présidence de Léon Casgrain, députélibéral de Rivière-du-Loup. Il cessera ses travaux à la dissolution de la législature et après la démission du premier ministre Taschereau, le 11 juin 1936. Au cours des séances du Comité, le chef de l’opposition dirige la charge contre les ministres et les hauts fonctionnaires du gouvernement de Taschereau. Tout y passe : de la distribution des chèques aux colons en Abitibi à la rénovation du bureau du ministre de la Colonisation, de l’utilisation de la voiture du ministère à des fins personnelles aux nominations dans la fonction publique, des contrats d’impression de la Gazette officielle à la facture des breeches du ministre Vautrin (ce dernier voulant avoir des culottes comme celles que portent les bûcherons qu’il visite). Duplessis en fera l’un des slogans de la campagne électorale qui suivra. Par ses questions inquisitrices, le chef conservateur démontrera que le gouvernement de Taschereau a érigé en système le patronage et le favoritisme. Or, ce seront les mêmes accusations qui marqueront les dernières années du règne de l’Union nationale.


Marc Beaudoin